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I’m Back, Vice Championne d’Europe

jeudi, Août 20

Nous y voilà. De nouveau en équipe de France, de nouveau sur un championnat d’Europe, et de nouveau avec une médaille autour du cou.

Mais cette médaille d’argent à Birmingham raconte bien plus qu’une course. Elle raconte les deux dernières années, les doutes, les blessures, les périodes de maladie, les remises en question et cette longue route pour retrouver simplement le plaisir de se sentir athlète.

Après les Jeux de Paris, j’ai dû accepter que le chemin vers le haut niveau ne serait pas linéaire. Il m’a fallu presque tout reconstruire : mon corps, ma santé, mon entraînement, mais aussi ma manière d’aborder la performance.

Alors oui, I’m back. Et cette fois, je mesure encore davantage le chemin parcouru pour pouvoir écrire ces quelques mots.

Un parcours du combattant

Après les Jeux, c’est contre moi-même que je dois me battre. Du moins, c’est ce que je crois au départ.

J’ai envie de plus. Pourtant, mon corps lâche après l’effort physique et émotionnel des Jeux. Je tombe trop régulièrement malade. Je me blesse. Puis je commence à travailler avec un nouvel entraîneur, avec un entraînement qui me mène progressivement vers la blessure et l’épuisement.

Derrière, je décide de travailler seule pour retrouver la flamme et, surtout, redonner la priorité à ma personne : ma santé, mon système immunitaire, un corps fort, ma reconnexion sociale… L’athlète que je suis doit passer au second plan.

Cette transition va durer six mois, jusqu’à ce que je me considère de nouveau comme entraînable.

C’est à ce moment-là que je retourne avec mon ancien coach, celui qui m’avait récupérée à la sortie de mes études et qui m’avait accompagnée jusqu’à ma performance des Jeux de Paris et au record d’Europe.

Nous partons de loin. L’athlète qu’il connaissait a changé, et il y a de nombreux paramètres à réajuster.

Au cours de la saison, j’ai encore quelques pépins physiques qui nous freinent. Nous ne commençons donc pas la saison comme prévu, avec les Diamond Leagues en Chine et quelques 1500 m.

Je dois dire au revoir aux compétitions et me concentrer sur une seule chose : ma préparation pour les championnats d’Europe.

Nous n’avons plus de temps à perdre et un seul objectif : prendre le départ sans contrôle.

Prendre le départ sans contrôle

Je me suis sentie armée par mes entraînements, mais sans aucune certitude.

Deux ans sans porter le maillot de l’équipe de France. Aucune compétition de haut niveau cette saison pour me prouver ma capacité à finir fort ou à réaliser des chronos dans le top 3 européen comme j’en avais l’habitude.

Mais je décide de faire de mon point faible un point fort.

Je ne dévoile pas mes ambitions en conférence de presse. Premièrement, pour ne pas donner d’informations à mes adversaires. Mais surtout parce que je considère que la meilleure expression se fait sur la piste et non dans les journaux.

Une course de zinzin : Trois scénarios possibles. Les trois se sont présentés.

Au regard de mes concurrentes, nous avions imaginé trois scénarios possibles.

Un départ rapide que pourrait imprimer Léa Meyer si elle voulait avoir ses chances, car elle n’était pas forcément une grande finisseuse.

Un dernier kilomètre qui serait impulsé par Elise Thorner.

Et enfin, un sprint final entre Gesa et moi.

C’était agréable de prendre le départ en se disant que, peu importe le scénario, nous avions suffisamment de cartes à jouer pour résister aux attaques.

Finalement, nous avons eu à nous confronter aux trois scénarios à la fois.

De l’intérieur, il y avait beaucoup de tension, beaucoup de coups de pied  (j’ai même une coupure de pointe sur le poignet, allez savoir 🤷🏼‍♀️), et énormément de placement.

Premier 1000 m en 3’03, sur des bases de 9’10, puis un ralentissement en 3’09 avant de terminer de nouveau en 3’01 grâce à un dernier 200 m très rapide en 33’’.

Une course de championnat comme je les aime : imprévisible, tendue et avec énormément de choses à gérer.

Une dernière rivière de la loose

J’étais lactique et trop entamée pour bien la gérer, malgré le fait que je sente mes jambes accélérer dans le dernier 250 m.

Léa Meyer tombe également après avoir tiré toute la course.

C’est rageant, autant pour elle que pour moi, de sentir que cette rivière est décisive dans le classement. Mais ce n’est pas un hasard si la course se joue là.

Gesa était plus forte que nous et a mieux négocié sa rivière, ce qui lui offre la victoire derrière.

Deux ans auparavant, à Rome, c’était moi qui étais intouchable au même moment de la course.

C’est très stimulant de voir que, d’une année sur l’autre, l’ordre peut tourner. On n’a pas le temps de se reposer : le niveau est élevé et les cartes sont constamment redistribuées.

Un cœur tout chaud

Je me sens apaisée d’avoir pu retranscrire ce pour quoi j’étais venue sur ce championnat.

Je voulais retrouver cette sensation. Celle d’arriver sur une grande compétition, de me mettre sous pression, de prendre des risques et de me dépasser.

Et je repars avec une médaille.

Mais surtout avec beaucoup de certitudes retrouvées.

Je me projette de nouveau vers l’avenir

Je sens que j’étais encore un peu juste dans ma préparation.

Je disais qu’il me manquait à peu près deux semaines d’entraînement et surtout une ou deux compétitions. C’était finalement suffisamment pour aller chercher une médaille, mais trop juste pour finir aussi fort et aussi entière que je l’aurais voulu.

On sait que même à 80 %, on est capable d’aller chercher des médailles au niveau européen.

Maintenant, on va continuer à se préparer sereinement pour les Mondiaux et les Jeux dans deux ans.

Cette médaille nous a aussi permis de nous prouver à nouveau que notre méthode et notre collaboration avec Manu fonctionnent.

Il reste énormément de travail, mais aujourd’hui, j’ai retrouvé le plaisir de regarder devant moi.

Quand tout se joue dans la tête

Je suis extrêmement fière de la capacité que j’ai eue à gérer la pression.

Je suis venue avec le neuvième temps, me semble-t-il, et j’ai réussi tout au long de la course à croire que j’avais ma place sur le podium.

Il y a deux ans, à Rome, je savais que j’étais la meilleure et je me devais de gagner. Si ce n’était pas le cas, c’est que j’avais commis une erreur dans la course.

Cette fois, je venais avec le neuvième temps. Cela faisait deux ans que je n’avais plus aucune certitude sur mon niveau en compétition et sur ma capacité à me surpasser dans un championnat.

Je suis donc arrivée avec une pression sur mes épaules que je me mettais moi-même, à la hauteur du championnat et de l’enjeu.

Et avec cette volonté de retrouver le dépassement de soi lors de cette course et d’aller chercher les étoiles.

C’est donc, selon moi, cette capacité à gérer l’événement qui fait la différence dans un championnat.

Deux des filles qui étaient descendues sous les 9’10 cette année ne sont finalement pas sur le podium, en commettant des erreurs tactiques, en ne sachant pas gérer les placements ou les tensions que l’on peut ressentir dans une course de championnat.

Un championnat, ce n’est pas seulement une question de chrono.

C’est une course contre les autres, mais aussi contre soi-même, contre la pression, contre les doutes et contre tout ce que l’on imagine avant même que la course commence.

Le défi du coach

Ce projet était finalement plus difficile que de me préparer aux Jeux et au record d’Europe.

Parce qu’il ne s’agissait pas seulement de préparer une athlète.

Il fallait reconstruire une athlète.

Avec ses nouvelles forces, ses nouvelles fragilités, ses doutes et ses incertitudes.

Il fallait accepter de ne pas savoir, de ne pas contrôler, de prendre le temps nécessaire.

Et surtout, il fallait retrouver la confiance.

C’est peut-être ça, le plus grand défi de ces deux dernières années.

Qu’est-ce qui compte vraiment au final ?

Après tout ce chemin, je crois que je commence à avoir une réponse.

Les proches.

L’alignement avec soi-même.

La paix intérieure.

Et cette sensation d’être au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes.

La médaille de Birmingham est belle.

Mais ce que je retiens surtout, c’est le chemin et les personnes qui m’ont permis de la décrocher.

Et aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir recommencer à rêver grand.

Crédits Photos : Julie fust et KMSP/FFAthletisme

RÉCEMMENT PUBLIÉ

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