L’après-Jeux : ça fait plus mal qu’on ne le croit
L’année qui a suivi les Jeux de Paris, mon système immunitaire a pris un vrai coup. En six mois, je suis tombée malade neuf fois, ce qui a créé de nombreux trous dans mon entraînement.
J’ai aussi traversé beaucoup de périodes de tensions physiques qui m’ont obligée à adapter sans cesse l’entraînement. J’ai réussi à limiter la casse, à perdre le moins de temps possible. Mais avec le recul, je ne suis pas en accord avec ça. Savoir réagir dans l’urgence, c’est bien. Mais j’attends de moi une capacité à prévenir les blessures et les contretemps, pas seulement à les gérer.
Se prendre un mur pour réagir
Cet été, pour la première fois de ma vie d’athlète, j’ai eu la sensation que j’étais en train de me “cramer”.
Dans le jargon, c’est une sorte de burn-out physique : un corps trop stressé, dont les systèmes ne sont plus équilibrés, et qui n’arrive plus à fournir le bon carburant à la machine. De toute façon, mon corps a fini par décider pour moi et s’est blessé aux Championnats de France, passage obligé pour valider le billet pour les Mondiaux de Tokyo.
Preuve que l’équilibre nécessaire n’était tout simplement pas là pour performer sereinement sur le steeple.
N’était-ce pas le moment de se remettre en question ?
À ce moment-là, je me dois d’analyser. Comme le disait Einstein :
“La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.”
Je réalise vite que les fondamentaux ne sont plus là : je dors très mal, je passe ma vie en stage, je perds une énergie folle dans les voyages, je n’ai plus de routine alimentaire stable, et je perds le contact avec mes proches.
J’ai beau multiplier les stages en altitude, m’entourer de personnes compétentes, faire de la récup, des soins, etc., tout ça ne sert à rien sans une base solide et ancrée.
Je prends aussi conscience que le stage, qui est censé être une rupture dans la routine pour aller chercher un petit plus, est devenu… ma routine. Et qu’il m’est désormais plus délétère que bénéfique.
Les outils d’une ingénieure
De par ma formation d’ingénieure, j’ai une approche assez pragmatique. Je sais analyser une situation en me détachant de l’émotionnel et utiliser des outils adaptés à mon contexte pour clarifier la direction.
J’utilise notamment la pyramide de Maslow pour comprendre mes motivations et les états psychologiques, ainsi que les objectifs SMART pour structurer le chemin à suivre.
Ici, j’ai plutôt raisonné avec une pyramide de la longévité :
à la base, les fondations indispensables ; au sommet, les détails qui font gagner quelques pourcentages, mais qui ne compensent jamais une base fragile.
Objectif :
Retour aux sources.
Pas de blessure. Pas de maladie. Construire du volume.
1ʳᵉ marche : les impondérables
Le sommeil
L’incompréhension de certains choix d’entraînement avait généré beaucoup d’anxiété et d’insomnies. Ayant perdu cette capacité à faire confiance, je sentais que compter sur moi-même serait plus simple, le temps de reconstruire des bases suffisamment solides, avant de me remettre entre les mains de quelqu’un pour préparer les objectifs sur steeple par la suite.
L’alimentation
Vivre en stage ne me permettait plus de gérer mes repas comme je l’entends. Je privilégie les produits bruts et de saison, j’aime aller au marché. Ces habitudes me renforcent, surtout pour passer l’hiver.
Le lien avec mes proches
J’avais besoin de reconnecter avec eux. Ils me ramènent les pieds sur terre. Ce sont eux aussi qui font ma force dans les grands rendez-vous. M’ouvrir de nouveau aux autres a été salvateur.
2ᵉ marche : le travail de fond
Le foncier
Convaincue de devoir repasser par un gros travail de volume pour pouvoir ensuite remettre de l’intensité. J’ai senti que je pouvais mener cette partie seule, avec un seul objectif : progresser sans me blesser ni tomber malade.
Le renforcement
Travailler avec mon staff sur mes faiblesses, en lien avec mes dernières blessures et les exigences spécifiques du steeple.
La musculation
Revenir à un plan qui a déjà fonctionné. Contrôler la prise de masse musculaire, qui ne m’avait pas été bénéfique pour ma discipline.
3ᵉ marche : l’optimisation
Les thérapies
Kiné, ostéo, massages… indispensables, mais inutiles si les deux premières marches ne sont pas solides.
La supplémentation
Avec une bonne alimentation, ce n’est pas toujours nécessaire, mais 226ERS me permet d’avoir des produits qui font vraiment la différence sur la récupération, l’hydratation et l’énergie.
4ᵉ marche : le bonus
Les stages
Ils viennent en dernier : pour aller chercher le petit plus grâce aux conditions (altitude, climat, temps dédié à l’entraînement et à la récup).
Les outils
Sauna, bains froids, bottes de compression.
Pourquoi m’entraîner seule ?
J’ai commencé à m’entraîner seule dès ma blessure, consciente que j’étais la seule à vraiment savoir ce qui se passait dans mon corps.
J’ai considéré que seule, je prendrais moins de risques et gagnerais plus de temps que si je continuais à suivre des consignes extérieures.
J’ai repris progressivement : vélo, volume, piste, intensité, barrières, pointes. Ça revenait bien, mieux que ce que j’espérais. Jusqu’au jour où, en retravaillant la rivière, j’ai senti que ce geste restait à haut risque de rechute.
J’étais réathlétisée, en forme, mais le temps de cicatrisation était incompressible. J’ai donc dû déclarer forfait pour Tokyo.
Mais je n’ai pas perdu de temps. Et surtout, je suis partie en vacances avec la certitude d’avoir tout tenté, et d’avoir respecté mon corps.
Reconstruire pour durer
Même avec ce goût d’inachevé, mon corps m’a clairement demandé du repos. J’ai coupé quatre semaines, puis j’ai décidé de remettre l’accent, dès la reprise, sur ces fondations.
“Surfer” sur la forme des Jeux n’avait même pas tenu un an. J’étais arrivée au moment où il fallait tout reconstruire.
Dans cette organisation, je ne voyais pas comment un coach pouvait, à court terme, porter cette philosophie. Il fallait d’abord tout remettre d’équerre sur le plan organisationnel et structurel. J’ai donc décidé de mener ma barque moi-même.
Le bilan
Quatre mois entre 105 et 115 km par semaine.
Ce n’est pas mon maximum, mais zéro blessure, zéro maladie, zéro trou dans la préparation.
Et côté performance :
À quelques secondes de mon record sur 10 km de 2024, avec 8 semaines d’avance dans la prépa, et en pratiquant pourtant des allures 15 à 20 secondes/km plus lentes que mes allures cibles à l’entraînement.
Ma conclusion
Je suis sur la bonne voie.
Selon mes propres critères de longévité.
Car c’est l’entraînement qui doit s’adapter à l’équilibre de vie, et non le contraire.
Focus on direction, not perfection.



